La hernie discale est une pathologie relativement courante chez le chien, notamment chez les races dites « chondrodystrophiques » à savoir le bouledogue Français et le teckel par exemple.

 

Ces races présentent en effet une prédisposition du fait de leur conformation et de leur fragilité du à leur génétique.
C’est donc principalement pour ces chiens que j’ai été sollicité pour savoir si l’Ostéopathie pouvait les aider. En me référant à mes cours de pathologie, la hernie discale relève de l’urgence vétérinaire et c’est donc à celui ci qu’il convient de référer le cas. Des radiographies peuvent être effectuées pour exclure la possibilité d’une fracture, d’une luxation, d’une masse ou d’une tumeur osseuse.
Dans les cas les plus sévères, l’opération doit être faite dans les 48h avec des chances de réussite pas souvent garantie. Seulement lorsque les propriétaires ne peuvent honorer la chirurgie, ils cherchent d’autres solutions alternatives moins coûteuses pour garder leurs bras ^^ 
 C’est donc en dernier recours que j’ai commencé à traiter ces animaux. Et là surprise! Suite aux manipulations ostéopathiques de nombreux chiens paralysés de l’arrière train ont retrouvé une pêche d’enfer et une démarche casi normale. Et un suivi régulier (2 à 4 fois par an) leur permet ainsi d’éviter la récidive. 

Pourquoi et comment?

Voyons ce que nous disent les vétérinaires puis tentons d’interpréter les choses sous un autre angle, du point de vue ostéopathique.
  

Un peu d’anatomie s’impose d’abord, mais imagée pour pas vous perdre en route 😉
Imaginons la colonne vertébrale comme un collier de perle. Les perles correspondraient aux vertèbres qui s’enfilent sur le fil qui serait la moelle épinière. Entre chaque vertèbre un disque intervertébral sert d’amortisseur. Ce disque est un anneau fibreux dans lequel loge un noyau gélatineux. Lorsque la tension entre deux vertèbres est trop importante, cet anneau est comprimé et fini par se déchirer ; l’animal présente alors des signes d’inconfort (il se déplace moins volontiers, a une démarche raide et le dos vouté ou la tête dans les épaules), voire des signes de douleur (cris spontanés, agressivité).
Puis le noyau sort vers la moelle ; si la moelle est un peu comprimée, l’animal a seulement des difficultés à se déplacer mais si la moelle est comprimée de façon plus sévère, l’animal se paralyse. Enfin si la moelle est extrêmement comprimée, l’animal ne ressent plus la douleur, ses membres sont anesthésiés.
Enfin, si la hernie discale se produit en bas de la colonne vertébrale, seuls les membres postérieurs sont atteints. Si la hernie discale se produit dans la région des épaules ou au niveau du cou, les 4 membres, antérieurs et postérieurs, sont touchés.

Les différents stades :

Les compressions médullaires sont classées en cinq stades de gravité croissante.

– Le Stade 1: qui se manifeste seulement par de la douleur.

– Le Stade 2: à la douleur s’ajoute une ataxie (l’animal est dit parétique), les signaux nerveux permettant la perception du corps dans l’espace (la proprioception) sont altérés ainsi que les signaux moteurs, cependant l’animal reste capable de se mouvoir.
  
– Le Stade 3: l’animal est paralysé, il conserve par contre le contrôle de ses sphincters urinaires et anaux et perçoit toujours la douleur profonde.

– Le Stade 4: l’animal est paralysé et ne contrôle plus ses sphincters (incontinence), il perçoit toujours la douleur profonde.

Le Stade 5: l’animal est paralysé, ne contrôle plus ses sphincters et a perdu la sensibilité douloureuse profonde (SDP): la SDP est mise en évidence par pincement des doigts qui doit entrainer une défense de l’animal: il se retourne. Attention la flexion du membre est un réflexe court et ne signifie pas que l’animal perçoit la douleur.


Quel pronostic nous donne les vétérinaires?

Généralement, un animal qui n’a que mal au dos (stade 1), avec un traitement conservateur (c’est à dire sans chirurgie) a de bonne chance de remarcher normalement.
Un animal en stade 2, s’il est opéré rapidement, a de meilleures chances de remarcher que si il est traité avec uniquement des médicaments.
Concernant les stades supérieurs, la chirurgie effectuée dans les 48h offre 85 à 90% de taux de récupération.
Enfin, un animal paralysé depuis plus de 2 jours et qui n’a pas, lorsqu’on lui pince les doigts de réaction qui prouve qu’il ressent bien la douleur, tombe à moins de 10% de chances qu’il remarche, même avec une chirurgie. 
Celle ci paraît donc urgente surtout pour le dernier stade pour lequel il est globalement admis qu’entre 6 et 12 heures 50% de bons résultats peuvent être attendues et que les taux descendent en dessous de 30% au delà de 12 heures (ou 24 heures suivant les auteurs).

Pourtant, Domino nous a prouvé le contraire puisque c’est en stade 4 depuis 20 jours qu’il m’a été présenté à la consultation. Ses propriétaires l’ayant fait opérer pour la même chose 10 mois auparavant ne pouvaient lui offrir une nouvelle opération et c’est en cherchant sur internet qu’ils ont choisis de voir ce que lui apporterai l’Ostéopathie.
C’est donc très perplexe et sans leur garantir de résultats que je me suis laissé guider par les fascias. Une grosse tension sur la base du crâne et quelques autres notamment au niveau visceral finissent par lâcher dans mes mains.
Je reviens 3 semaines plus tard pour une séance de suivi, pensant qu’il en faudrait encore bien plus, et je vois le petit teckel déambuler fièrement sur ces 4 pattes. Les propriétaires ravis m’annoncent que 48h après la séance le chien remarchait et l’incontinence avait disparue. Incroyable! Oui ! Magique? Et bien non!

Quelle analyse ostéopathique peut on faire?

La réponse ce sont ces 3 hommes qui nous en donnent les clefs.
Le concept de Force de Traction Médullaire (FTM) a été mis en évidence par le neurochirurgien Royo Salvador, puis étudié par l’ostéopathe Antonio Ruiz de Azua Mercadal, le tout reformulé et adapté aux animaux par le vétérinaire osteopathe Patrick Chêne.
C’est en lisant ses articles et en ayant fait une de ses formations sur le sujet que j’ai commencé à la considérer dans mes traitements ostéopathiques.
Cette tension de la moelle épinière est normale mais elle peut être pathologique si est trop importante, provoquant des troubles posturaux et locomoteurs accompagnés dans les cas plus sévères de symptômes neurologiques.
En effet, tout en gardant l’image du collier de perle, lorsque le fil est trop tendu, les perles se compriment et/ou les courbures qu’elles forment s’accentuent (d’ou la possible origine des scolioses!). Les lignes de forces s’intensifient et l’anneau se déchire et si la tension continu, le noyau finit par sortir vers la moelle épinière comprimant cette dernière et provoquant ainsi les troubles cités plus haut.
Chaque déséquilibre que rencontre l’animal (traumatique, émotionnel ou alimentaire) est un facteur supplémentaire à l’excès de FTM qui augmentent progressivement lorsque les tensions primaires et compensatoires se mettent en place.
Le traitement ostéopathique permet de supprimer les blocages majeurs tout en rééquilibrant l’ensemble du système corporel, diminuant ainsi directement ou indirectement la tension sur la moelle épinière, sur le fil et donc sur les perles et les disques qui les séparent. C’est pourquoi un traitement local sur le point de compression n’est pas pertinent puisque la tension, bien présente à ce niveau, vient en fait d’ailleurs. Dominique Giniaux nous a laissé cette magnifique citation :  » l’Organe qui crie est rarement le coupable, souvent la victime »

Des risques de récidive??

D’après les statistiques vétérinaires, casi la moitié des chiens traités médicalement présenteront une récidive ainsi que 1/4 des chiens opérés.

Mais il serait intéressant de refaire des statistiques sur des chiens suivis régulièrement en ostéopathie (1 à 4 fois par an) afin de constater objectivement l’intérêt de l’ostéopathie dans le traitement et la prévention de cette pathologie. 
Car finalement, aussi bien en curatif qu’en préventif, le fait de dénouer les tensions susceptibles d’augmenter la force de traction médullaire soulage grandement nos chers compagnons à 4 pattes!

Je suis donc preneur pour tout type de cas, de race, d’âge, et de stade etc afin de compléter encore et toujours mes recherches passionnantes sur le sujet! 

Bibliographie